Une adresse sur un malheureux bout de papier, voilà tout ce que m'a laissé mon employeur comme informations... En dehors de son nom de famille « Heimer », la nature de mon futur job (photographe et cadreur), je ne sais rien. Dans quoi je me suis encore embarquée ? Je fixe le papier sur lequel est inscrit le plan et l'adresse scotchée sur mon miroir. La brosse a dent dans la bouche, je tente de le mémoriser le plus possible afin de ne pas me perdre dans Berlin. J'ai beau y vivre depuis longtemps, je ne me suis jamais vraiment aventurée dans les rues, à vrai dire, je ne me promène pas dans la ville. En dehors des courses et de quelques rares sorties avec des amis de passage, je ne sors pas, je ne suis pas casanière, juste solitaire et peu encline aux rencontres. Je n'aime pas faire le premier pas et parler aux gens, cet exercice m'intimide plus qu'autre chose.
Je fini de ma préparer, une fois mes cheveux lisses et mon maquillage potable, je quitte mon appartement et m'enfourne dans la voiture, bien que ce soit l'été, les matinées sont souvent fraiches à Berlin. Je baisse les manches de mon pull blanc et le plan dans une main, je me lance dans la recherche d'un manoir à la sortie de la ville. Je parierais n'importe quoi que c'est dans un endroit assez isolé pour que je me perde et arrive en retard mon premier jour de travail... Cette perspective me noue l'estomac, l'énervement commence à se faire sentir... La phrase que je ne cesse de me répéter me revient en tête « Dans quoi je me suis encore embarquée ?! ».
Au bout de quelques longues minutes, mes mains sont moites et mon c½ur est a deux doigts de me lâcher, je tourne en rond depuis presque 10 minutes, je suis en retard pour de bon ! 8h10, je sens que je vais me faire tuer ! Je balance sur la banquette arrière et me décide à empreinter la route qui me semble être la bonne... Par miracle, après avoir roulé dans la banlieue de Berlin pendant 5 minutes, un panneau indiquant le manoir rentre dans mon champ de vision, je pousse un soupir de soulagement et empreinte la petite route sinueuse qui me mène à un grand portail ouvert ; à ce moment là, m'apparaît de derrière les arbres, une grande bâtisse blanche. De mémoire, il me semble que mon patron m'a dis de me garer derrière le manoir, je m'exécute... Ma boule au ventre prend une toute autre ampleur quand j'aperçois une dizaine de personnes attroupées sur le petit perron. Des volutes de fumées s'élèvent dans les airs, des rires et des conversations filtrent à travers ma vitre ouverte. Je ma gare rapidement et prend une dernière respiration, craignant la colère de monsieur Heimer. Ma rappelant que j'ai tout de même 15 minutes de retard maintenant, je quitte ma voiture à regret et m'aventure sur le perron où quelques personnes me regardent bizarrement, pourtant comparée aux personnes autour de moi, je n'ai rien d'exceptionnel... J'ai du m'habiller plus « normalement » que d'habitude, je porte un slim noir, un pull moulant blanc sous un cardigan noir et des baskets des skateur montantes, je trouvais ça tellement chiant de m'habiller comme ça que j'ai peut être maquillé un peu plus mes yeux, mais ça ne fait pas moche... Je décide de ne pas me monter la tête et m'engouffre dans le manoir, une volée de marches mènent à une autre porte. Je les grimpe deux à deux, sentant vraiment que je vais passer un sale quart d'heure avec le patron. Je pousse la dernière porte et me retrouve dans un grand salon, il y a beaucoup de monde et d'agitation. La pièce est faiblement éclairée, les seules sources de lumières provenant de projecteurs. Un décor de fête est dressé, des caméras jonchent le sol et une grande table drapée d'une nappe blanche. J'aime déjà l'atmosphère du clip...
... : Jade ?Je me retourne vers la personne qui m'a interpellé, il s'agit d'un homme assez grand et doit avoir la petite trentaine.
Moi : Monsieur Heimer je suppose...
Monsieur Heimer : Enfin tu es là !
Moi : Désolée, le plan n'était pas assez précis, j'ai tourné en rond...
Monsieur Heimer : Bon, tu es là c'est le principal, désolé de ne pas avoir fournis plus d'informations...
Moi : Mais vous allez m'expliquer...
Monsieur Heimer : Oui bien sûr, mais tutoie-moi et appelle-moi Alex
Moi : D'accord... Alex Oo''
Alex : Bon, est-ce que tu connais le groupe Cinema Bizarre ?
Moi : Vaguement...
Alex : D'accord... Je vais t'emmener les voir et vous pourrez faire connaissance, mais d'abord je vais t'expliquer ce qui t'attend.
Moi : Ok...
Alex : Ton boulot consistera à filmer, photographier et à t'occuper de l'éclairage quand c'est nécessaire, ne t'inquiète pas si tu as des questions, des cadreurs sont là pour y répondre. Ton contrat s'achèvera à la fin du tournage du clip dans une semaine, si l'envie te dis de continuer, je le renouvellerais pour un an.
Moi : D'accord
Alex : Bien :) Je vais t'envoyer voir le groupe, tu aimes la musique j'espère ?
Moi : C'est en grande partie pour ça que j'ai accepté ce poste :)
Alex : Génial ! En plus tu as à peu près le même âge que les membres du groupe, le batteur a aussi 19 ans. Je ne réponds plus, d'abord parce que j'ai épuisé mon stock de « d'accord » et de « ok » et ensuite, le groupe semble connu, je n'en ai que très vaguement entendu parler d'eux et je ne connais que la chanson Lovesongs (seule réconfort, j'aime cette chanson)... Je débarque complètement là... Alex aurait du m'en dire un peu plus sur eux avant !
Moi : Pourquoi vous ne m'avez pas parlé du groupe au téléphone ?
Alex : Disons que... Ce n'est pas que je n'ai pas confiance mais... Si jamais tu aurais ébruité un peu partout que tu allais travailler avec le groupe, de mauvaises personne auraient pu être au courant...
Moi : Les journalistes et autres paparazzis ?
Alex : Exactement, le groupe est parfois sujet à controverses.
Moi : Je vois...Donc, le groupe a quand même une certaine notoriété et je ne connais aucune de leur chanson, je ne sais même pas à quoi ils ressemblent... Une nouvelle boule se forme dans mon estomac pendant que nous longeons un long couloir aux murs bleus nuit. Des dorures courent le long du plafond et une épaisse moquette blanc cassé tapisse le sol. Des tableaux étranges sont accrochés aux murs et les quelques lustres en cristal disséminés au dessus de nous donne une atmosphère intime. Ce décor a le don de m'angoisser un peu. Je ne sais pas pourquoi.
Moi : Je vais avoir l'air... Conne ! Je ne sais rien du groupe !
Alex : Ne t'inquiète pas, pas mal de monde connaissait plus ou moins le groupe quand ils sont arrivés dans l'équipe, tu vas apprendre à connaître et je suis sûr que tu vas aimer le groupe Un « j'espère » se bloque dans ma gorge. Ces mots réconfortant ne me rassurent pas le moins du monde. Nous arrivons au bout du couloir, Alex frappe sur la dernière porte à droite sur laquelle est placardée « loge Cinema Bizarre ». La boule dans mon estomac double de volume, mon rythme cardiaque bat trop vite pour que j'arrive à suivre. La poignée tend vers le bas, Alex pose une main sur mon épaule.